/ / /

    Naissance et enfance

 

  Je suis née en pleine après-midi d’un jour de la fin de l’hiver, en 1987. J’étais bleue, ma grosse tête surmontée d’une belle crête de cheveux noirs. Je suis certaine que malgré le mécontentement de mère vis-à-vis de l’équipe médicale qui l’avait négligée, provoquant ainsi chez moi un manque d’oxygène, et malgré la douleur de l’enfantement, elle a songé en me voyant que c’était le plus beau jour de sa vie. Ou des plus beaux peut-être. Je ne pesais presque rien, à peu près deux kilos et demi il me semble, et je tenais dans la main de mon père, béat. Ma peau juvénile a rapidement recouvré une teinte rose pleine de vie, j’allais très bien. D’ailleurs nous sommes rapidement rentré à la maison tous les trois. J’étais un bébé rieur et gourmand, très calme et sage. Il parait que mon père me récitait le fonctionnement du bracketing automatique (une technique de photographie) pour m’endormir.

  Mon père, Christian, était un ancien géomètre reconverti en autodidacte dans la photographie, et ma mère, Véronique, infirmière de nuit. Dès mes premières semaines, j’ai été confiée à mes deux grands-mères qui habitaient heureusement dans la même ville que nous. Notre petite famille est toujours restée confinée les uns sur les autres. Mais cela a eu le mérite de ne jamais avoir recours à une nourrice étrangère, j’ai autant été élevée par mes parents que par mes deux grands-mères.

  Ma grand-mère maternelle, Monique, était riche, conventionnelle, colérique et hautement critique sur tout. Surtout sur mon père. Son mari, Michel, dont je n’ai aucun souvenir, a succombé à je ne sais quelle maladie qui l’avait brusquement atteint. Mais malgré le fait que mon grand père soit décédé alors que j’étais encore en bas âge, durant toute mon enfance j’ai gardé l’habitude de nommer cette grand-mère : « mamy-papy » pour la différencier de l’autre grand-mère, qui était « mamie-tatie ». Mes grands-parents ne pouvaient concevoir d’enfant, à leur grand désespoir. Ils ont adoptés ma mère, puis Eric, aucun lien de parenté avec maman, trois ans plus tard. Malgré ces deux adoptions, leur stérilité a laissé un profond traumatisme en eux…

  Du coté de mon père, il y avait donc ma seconde grand-mère, Marie-Thérèse, une femme travailleuse, de bon caractère, généreuse et drôle, mais sévère lorsque cela s‘avérait nécessaire. Je n’ai jamais connu mon grand père paternel, mort brutalement comme la plupart des membres de la famille. Ma grand-mère partageait sa maison avec un de ses deux frères, Jacques. Le second, qui avait pour nom Jean lui aussi, n’était plus de ce monde non plus. Jacques était un ouvrier plutôt feignant, au sens de l’humour assez déplorable et à l’esprit souvent obtus, mais d’une gentillesse et d’une naïveté sans limite. Aucun oncle au monde n’aura été aussi gentil et complice que lui. Aucune épouse à ses cotés, au mieux peut-on parler du souvenir cuisant de la garce qui s’était moquée de lui avant de le quitter. Françoise, la sœur cadette de mon père, vivait également avec eux. Une vieille fille passionnée de mathématiques qui a gâché son talent en tentant d’enseigner la matière aux collégiens de la cité de la ville. Ma tante, d’une gentillesse sans borne elle aussi, mais souffrant d’un manque d’audace certain, ne s’est jamais mariée et n’a jamais quitté sa mère et son oncle. Elle a toujours vécu dans un immobilisme terrifiant. Ses autres passions à part les math et tenir la maison, sont le jardinage, les collections de hiboux et chouettes de toutes sortes, sauf vivants, et les chiens. Il y a toujours eu un chien dans cette maison. Le premier dont je me souviennes vaguement était Vicko, un teckel irascible. Voilà donc le tableau : trois personnages seuls, réunis dans la même maison par les liens du sang et la force des choses, déversant tout leur amour sur le chien et le bébé de la famille : moi. 


  Mais bientôt il y eu un troisième enfant à aimer et élever : Philippe, le fils de Jacques et de la dame dont nous ne parlerons pas. C’est ainsi que mon cousin issu de germain à je ne sais quel degré apparut comme par miracle un beau jour transforma mon statut de fille unique à celui de petite sœur. J’adorais les peluches, il détestait cela, et je l’obligeais à jouer avec. Mais nous jouions aussi aux legos, aux vieux jeux de société qui appartenaient à mon père, ma tante et mon oncle. Nous nous battions souvent, quelques marques sur notre peau en attestent toujours, et nous étions tout le temps au jardin à faire les 400 coups. En sa qualité d’ainé, c’était toujours lui qui se faisait gronder. Puis les années passant, il m’apprit à jouer à Magic, à Warhammer et à quantité de jeux vidéos sur console et ordinateur. C’est aussi lui qui m’a fait découvrir les bases du jeu de rôle avec Les Livres dont vous êtes le Héros.

  Mais je vais beaucoup trop vite, j’anticipe. Revenons à ma toute petite enfance. Je ne cessais de réclamer un chat. Les animaux ont toujours été une source de vif intérêt, au grand damne de « mamy-papy » qui trouvait ces choses inutiles, et qui se lamentait que je délaisse le vélo qu’elle m’avait offert pour aller caresser le chien des voisins ! Quand j’eue atteint l’âge de quatre ans, mes parents cédèrent et rapportèrent un chaton de race qu’ils avaient acheté pour rien. Une femelle Chartreux, mortellement malade… Cependant la petite Lucy se rétablit promptement, gardant un œil déficient à vie comme séquelle. Je m’entichais passionnément de la féline au fort caractère, ne cessant jamais de la couvrir de câlins et de jouer avec elle, ce qui l’agaçait prodigieusement !

  J’aimais jouer, j’aimais me promener dans la nature et j’aimais les animaux. J’avais ma chatte Lucy, le chien de ma tante Vicko puis Eliot, un cairn terrier placide pour sa race, et la tortue Jacqueline. La rentrée à l’école fut un bouleversement terrible. Moi qui avait toujours été si enjouée, je devins asociale dès le premier jour d’école maternelle. Je refusais de parler aux autres et de participer aux activités. Pendant les récréations, j’évitais soigneusement les autres et je déambulais seule en parlant aux arbres. Je n’avais même pas envie de faire la sieste, et je n’avalais pas une bouchée à la cantine. Je fus retirée de la cantine très rapidement, et on venait me chercher le midi pour que je mange soit chez mes parents, soit chez une de mes grands-mères. Par contre on ne m’a pas retirée de l’école. Je me souviens assez bien que mes maitresses de maternelle me trouvaient trop bizarre, et qu’elles ont toutes fini par me délaisser. Néanmoins, il a tout de même été conseillé à mes parents de m’emmener consulter un orthophoniste, car je prononçais mal les « s » et les « ch », les « g », les « j » et les « z ». Je percevais assez mal certains sons également. Mais cela n’a jamais été fait, et encore aujourd’hui, je confonds les « s » et les « ch » et j’ai parfois l’impression d’être dure de la feuille… Pour les « g, j, z », ça c’est arrangé tout seul.

  J’avais horreur de l’école, pourtant j’étais la bonne élève typique, assidue et sérieuse, qui ramène des bonnes notes à la maison. Mais je restais très timide, en particulier parce que je ne comprenais pas les autres. Qui étais-je, qui étaient-ils, pensaient-ils de la même manière que moi, pourquoi d’ailleurs je pensais plus vite que je ne parlais, pourquoi étais-je là et qu’allais-je devenir ? Etc etc, ce genre de question existentielles m’obsédaient, alors que je n’avais que 6-7 ans… Plus tard, j’ai décidé que je ne connaitrais jamais les réponses, alors autant cesser de se tourmenter. Enfin, dans la mesure du possible.

  Je n’obtenais pas d’argent de poche mais j’étais tout de même aussi gâtée que possible. Mes parents gagnaient peu d’argent et ont toujours eu des problèmes financiers qui les empêchaient de faire beaucoup de choses. Moi-même, je rêvais de faire de l’équitation, mais papa et maman n’avaient pas les moyens de me payer un sport si cher. Mais à la place ils m’offrirent des livres sur le sujet, et sur d’autres sujets. Je commençais à nourrir une vive passion sur les serpents, et je dévorais plusieurs livres scientifiques sur le sujet. Un autre de mes grands plaisirs était de feuilleter le dictionnaire. En somme, lire était une passion. Raconter des histoires également. Je passais mes nuits à lire et mes journées sans école à inventer des histoires, que ce soit en les écrivant, en les gribouillant en BD, en les racontant à ma tante, ou simplement en les pensant.

  En somme, je ne dormais pas, je ne mangeais pas, je ne fréquentais que très peu les autres enfants, et je passais le plus clair de mon temps à lire et à rêver. J’avais l’impression de ne pas être faite pour ce monde, et petit à petit, au fil des mois et des années, un profond et imprécis sentiment d’ennui m’a emplie.

 

  Adolescence

 

  En 1998, je faisais mon entrée dans un collège de qualité moyenne, quittant ma meilleure (et quasiment seule) amie, qui s’appelait Véronique comme ma mère, et qui avait parcouru toutes les classes de l’école primaire avec moi. Elle allait dans un collège privé et catholique, et malgré mon attachement pour elle, je n’ai pas demandé à mes parents de m’inscrire dans le même collège qu’elle, ayant déjà des idées bien arrêtées sur la religion… Et puis bon, l’amitié lorsqu’on a 10 ans… Actuellement, je me demande ardemment ce qu’elle est devenue.

  Pour en revenir au collège de moyenne qualité, ce fut un terrible choc. J’étais habituée à côtoyer des enfants de bonnes familles, gentils et bien élevés. Et me voilà propulsée, seule, dans un bâtiment grouillant de centaines d’enfants dont la plupart avaient plusieurs années de plus que moi… et dont certains étaient d’un genre qui me déplut aussitôt. Ma timidité et mon asociabilité ne firent que s’exacerber davantage, alors que s’enracinait en moi l’idée de la différence. Je ne me fis pas d’ami durant la première année du collège. Mes notes restaient bonnes. Je lisais et rêvais toujours autant. Je m’ennuyais.

  C’est en septembre 1999, durant les premiers jours de l’année de la classe de Cinquième, que je rencontrais plusieurs personnes clés de mon existence. J’ai toujours su (ou du moins à partir de cet âge là où la différence s’est établie) capter l’originalité et le bon cœur qu’ont la chance d’avoir certaines personnes rares. Alors, moi la timide, moi l’asociale, j’ai fait l’effort d’aller nouer des liens avec ces personnes là. Il y avait Emmalie, presque le même prénom que moi, avec laquelle je me sentais à l’aise comme jamais je ne m’étais sentie, et que j’avais l’impression de connaitre depuis toujours. Elle avait beaucoup de difficultés en classe, et je tentais de l’aider de mon mieux. Elle était d’origine anglaise et parlait mal le français. Pour cette raison et parce que ses parents étaient divorcées et qu’elle vivait avec son père, arabe et pauvre, les autres se moquaient d’elle. Ça nous faisait un point commun, j’étais souvent raillée pour ma maigreur effrayante, mes tenues ridicules dans lesquelles je flottais, ma paire de lunette et mon acné naissante. Nous avons été les meilleures amies du monde pendant un an. Ensuite… eh bien elle est partie vivre aux États-Unis. Aujourd’hui, je l’ai en contact sur facebook, comme quoi même ce site peut se rendre utile parfois, et je peine à m’exprimer en anglais pour avoir de ses nouvelles !

  L’année suivante fut désastreuse : je me retrouvais à nouveau seule, mes autres amies que je m’étais faites en Cinquième étant toutes dans une autre classe. La seule fille que je connaissais et que je considérais comme une copine qui se retrouvait dans ma classe décida tout bonnement de me pourrir la vie, et d‘entrainer les autres dans son jeu. Je fus le souffre-douleur de ma classe durant cette année, ce qui m’appris deux choses : encaisser, la tolérance. Ma timidité et mon manque de confiance en moi atteignirent des taux abyssaux, alors qu’un simple caractère asocial se mua progressivement en misanthropie. Je devins un véritable fantôme, ne parlant à personne, étant toujours seule, et esquivant ma classe à la récré pour rejoindre mes amies de l’année précédente : Amanda et Sabrina ainsi que ses deux fidèles compères Anne-Sophie et Emilie.     

  J’ai tardé à parler d’elles sciemment, car c’est surtout durant ces classes de Quatrième et Troisième que nous nous liâmes fortement et définitivement. Nous étions déjà bonnes amies depuis la Cinquième, d’ailleurs nous nous voyions régulièrement : Sabrina avait déménagée pour habiter juste en dessous de chez moi, et j’allais passer tous les mercredis après-midi chez Amanda. En Troisième nous eurent la chance d’être réunies dans la même classe, et cette réunion consolida notre amitié. Je me rappelle encore ces paroles d’adultes : « l’amitié à cet âge là, ça n’existe pas ! », pensées que j’avais toujours méprisée. J’ai bien eu raison, car Amanda et Sabrina sont toujours des amies, et le seront toujours. Et toc !

  Amanda surtout devint bien plus qu’une amie. Elle était la meilleure amie, la confidente, la sœur, la moitié fusionnelle, la jumelle inséparable. Nous nous connaissions sur le bout des doigts et partagions tout. Nos notes chutèrent en chœur, quoiqu’en restant tout de même encore dans la limite du raisonnable. Et nous obtinrent le brevet sans difficulté aucune.

  Je lisais toujours autant, commençant à me tourner sérieusement à la fantasy, et concrétisais mes écrits. Je me mis à rédiger des poèmes, rien de mignon ou joli, non des poèmes brutaux, dans un style Renaud ou Gainsbourg, mais en nul évidemment. J’écrivais aussi des sortes de fanfics sans le savoir, puisque j’aimais reprendre les personnages de mes séries favorites pour imaginer la suite de leurs aventures. Mais ce que j’écrivais le plus était de la fantasy, et je commençais à inventer, de façon puérile bien sur, un monde féérique et quelques personnages dont certains prendraient une grande importance plus tard. En 2001, à l’âge de 14 ans, j’avais rédigé pour la première fois de ma vie, une histoire en entier. Je l’avais appelé Cristal, elle était plus ou moins soigneusement écrite sur un cahier grand format de 200 pages. Et c’était affreusement cliché ! Mais qu’est-ce que j’étais fière de moi ! Toutes mes autres histoires n’étaient que des débuts, ou bien des milieux, voir même simplement des esquisses. C'était dit, je voulais être écrivain.

  2002 fut l’année de l’entrée au lycée, un lycée de piètre qualité. Amanda, Sabrina et moi sélectionnâmes avec soin nos options pour être dans la même classe. Section SES, option éveil scientifique. Ce qui me correspondait à 5%. Plus notre attachement se renforçait, à Amanda ma sœur de cœur et moi, plus nos notes devenaient calamiteuses. Le verdict tomba bien tôt dans l’année : nous redoublerions. Autant dire que cela ne me perturba pas, tout au plus cette nouvelle m’énerva une journée. Quelle idiotie que de dire en milieu d’année à un adolescent qu’il va redoubler, car celui-ci ne va plus fournir aucun effort ! À quoi bon, puisque le sort en est déjà jeté?

  15 ans… l’âge de mon premier concert, mais surtout… l’âge critique pour une fille ! On est censée être devenue une femme mais on est encore un bébé, on est stupide et orgueilleuse, on découvre l’amour… et on trouve que c’est nul. Et douloureux. On fonce tête baissée vers le danger et on accumule les erreurs en s’en fichant royalement. Notre meilleure amie est notre meilleure alliée, et ensemble, on se trouve un nouveau style. Pour nous deux, ça a été le style métal. Nous voilà toute de noir vêtues avec maquillage assorti et bracelet à piques !  Finalement, cet âge critique est à la fois la période la plus banale et la plus unique pour chacun des adolescents. Voilà pourquoi je vais laisser volontairement une part d’ombre sur cette partie de mon histoire, car elle ne regarde que ceux dont je décide que ça regarde. Et puis, ça n’est pas forcément joli à entendre.

  Redoubler quasiment par choix ma Seconde fut une des deux plus belles décisions de toute ma vie. Comme si j’avais légèrement dérivé du bon chemin, mon Chemin, et qu’une pichenette m’aie fait remarché droit vers mon destin. Je ne dis pas que ce fut amusant. Au contraire, je souffris énormément, car ma sœur alla dans un autre lycée. Il est évident que nous ne cessâmes pas de nous voir, mais à l’époque j’avais pris cela comme une trahison cruelle de la part de ses parents. Vouloir éloigner deux amies si proches, c’était du pur sadisme ! En réalité je sais maintenant que ce n’était qu’une inquiétude compréhensible, néanmoins cette idée se révéla être absolument vaine. Cela n’empêcha ni notre rébellion, ni notre amitié, ni la chute de nos notes. Bref, je voyais toujours Amanda hors des cours, mais pendant les cours, c’était une autre affaire. Je me retrouvais de nouveau seule, pour changer, à devoir me battre pour me faire accepter de ceux que j’avais jugé dignes d’être mes amis. Les débuts furent éprouvants, mais à la fin de la seconde année de Seconde, j’avais noué des relations amicales avec plusieurs filles. Notamment avec trois personnes remarquables qui devinrent les meilleures amies que j’ai jamais pu avoir, j’ai nommé Anaïs, Isabelle et Vanessa. Si je n’avais pas redoublé, je ne les aurais jamais connues, et je crois tout simplement qu’une telle chose est inenvisageable. Je suis plutôt terre à terre, mais je suis persuadée que je DEVAIS les rencontrer.

  Mes notes s’étant améliorées pour cette année malgré ma tristesse d’être éloignée d’Amanda et d’avoir perdu ma chère chatte Lucy après 12 ans de chaleureuse présence, je passais en Première Littéraire avec mes trois nouvelles amies. Nous gardâmes toutes l’option cinéma-audiovisuel, matière que nous aimions beaucoup. (Je commençais même à entrevoir déjà un avenir dans ce domaine.) La Spoony Team était née. Ah vous tenez vraiment à savoir pourquoi « Spoony Team » ? Bien, vous l’aurez voulu. C’est à cause d’un vieux film dont je ne me souviens plus le nom, où un type avec des doigts en salade prenait du plaisir en frottant ses doigts sur tout et rien. Le mieux était avec les petites cuillères, qui lui provoquaient des orgasmes. Petite cuillère = spoon. Voilà. Nous sommes les Spoony. Édifiant, n’est-ce pas ?

  L’été de l’année 2003 demeurera un des moments significatifs de mon existence, pour cause de coup de foudre. Avec un chaton. Tous les propriétaire d’animaux qui ont un jour été choisi par leur animal savent de quoi je parle. Pour les autres, eh bien cela viendra peut-être un jour, je vous le souhaite. C’est inexplicable comme pour le coup de foudre amoureux entre humains. Pour la petite histoire, c’est bien le but de cet article après tout, j’accompagnais Amanda qui arrosait les plantes du jardin d’une dame de sa connaissance, et l’une des deux chattes de la maison (la mère et la fille) avait mis bas une portée de trois chatons noirs comme la nuit. Je me suis empressée d’aller les câliner, les petites choses qui n’avaient que quelques semaines, vous imaginez bien. Deux d’entre eux ont tentés de s’enfuir, le troisième m’a regardé, s’est blotti dans ma main et a commencé à me lécher en ronronnant. À ce moment j’ai su que c’était MON chat, et que je repartirais avec lui lorsqu’il serait sevré. Rien au monde ne m’en aurait empêché. C’est comme les Spoony, on devait être amies, c’était écrit. Forcément. Je venais voir mon chaton presque tous les jours, je le câlinais et lui promettais qu’un jour il me suivrait. Il était le petit avorton de la portée, et sa mère s’occupait davantage de son frère et de sa sœur que de lui. Ou d’elle devrais-je dire, car à l’époque je croyais qu’il était une femelle ! Mais je n’en n’étais pas certaine, il est vrai. J’ai donc réfléchi au nom que je pourrais lui donner. J’ai choisi un prénom élégant, mixte et humain, Taylor, car je n’aime pas affubler les animaux de sobriquets ridicules tels Minouche, Chaussette ou Pompom. Ainsi, dès le premier jour de mon retour de vacances, je sonnais à la porte afin d’emmener Taylor. Il m’a reconnu et me prenait toujours pour sa maman, à la différence que moi par rapport à la vraie, je l’ai gâté… et le petit freluquet a bien profité et est devenu un grand et costaud matou ! 

  Au cours de cette année scolaire de 2003-2004, je troquais ma paire de lunettes contre des verres de contact, ce qui me changea la vie du tout au tout et pour le meilleur. Enfin le reflet que me renvoyais le miroir n’était plus insultant. De même, je commençais à faire couper et teindre mon immense chevelure (plus si immense du coup). Blonde, Rousse et Brune, j’ai tout été. J’ai détesté le blond autant que j’ai adopté le roux et le brun, les subvertissant en orange vif, rouge, ou noir, violet, noir-rouge, noir-bleu… Tout ces changements m’ont fait beaucoup de bien, et on peut dire qu’à partir de là, je commençais à être tranquille, sinon heureuse. N’oublions pas ce sentiment d’ennui qui dénaturait et fadait tout, n’oublions pas non plus toutes les peines de cœur inhérentes à toute ado de 16 - 17 ans. C’est également à cette époque que nous nous sommes brouillés avec mon grand frère. Nous ne savons même plus pourquoi, mais nous étions jeunes et bêtes ! Je me rappelle mon incompréhension totale vis-à-vis de ce froid soudain, mais aussi de ma résignation devant cette perte : Philippe ne m’aimait plus ? Eh bien ça serait ainsi, voilà tout, il n’était pas le premier à ne plus m’aimer soudainement. J’étais chagrinée, mais je pensais ne rien y pouvoir, voilà tout. Quelques années plus tard, c’est lui qui a franchi le premier pas vers la réconciliation, pour mon plus grand soulagement.

 

  Ce fut également au cours de cette année que je partis pour la dernière fois en vacances dans le Sud de la France avec mes parents, et mon nouveau petit chat noir, Taylor. Ce fut donc la dernière fois que je partis pour mon second foyer, mon pays de cœur. J'aime la tranquillité, la beauté, l'exotisme modeste de la Provence. J'aime les sons, les odeurs et les couleurs de la Provence. Tous les étés depuis aussi loin que ma mémoire remonte, nous allions dans notre appartement situé dans le petit village de Boulouris, près de St Raphaël et Fréjus. Bon, il est vrai que l'appartement appartenait en réalité à ma grand mère maternelle, celle qui était riche. Mais elle n'y allait jamais, et nous le prêtait volontiers... jusqu'à ce qu'elle le revende pour trois sous. Cet événement marqua d'ailleurs la famille par un froid implacable qui s'installa entre mes parents et ma mamy. Quelques années plus tard, la réconciliation fut opérée grâce à moi, je le dis en toute modestie. Je suis retournée vers ma grand-mère, brisant l'éloignement, acceptant pleinement son sale caractère et atténuant les opinions des deux parties l'une sur l'autre en leur dressant des portraits bienveillants et en suggérant que le pardon ne devait pas trop tarder, sous peine de voir ces affreuses petites choses finir par s'insinuer dans les cœurs : les regrets. En bref, ce fut uniquement à cette époque que j’eus l'impression de connaître et comprendre ma grand-mère, seule, insoutenablement seule depuis des années, mais ne perdant jamais cette force de caractère en elle. Et en bref encore, de toute façon mes parents louaient des appartements pour que nous puissions nous rendre dans le Var tous les étés. Mais le manque d'argent se faisant de plus en plus cruel, la location devint impossible. Voilà pourquoi ce fut la dernière année que je partis pour le Sud. Tous les étés, je me sentais revivre, loin de la ville et de mes problèmes, de mes complexes, le moral mais également l'inspiration au plus haut. Cette quasi seconde vie était aussi le prétexte pour moi de réaliser des petits films humoristiques grâce à la caméra offerte par mon père.

 

   Pour finir sur cette partie concernant mon adolescence, on peut dire que les deux dernières années de lycée se passèrent bien, entre l'amitié grandissante de la Spoony Team, les deux voyages scolaires en Angleterre qui m'ont fait sortir du territoire pour la première fois, mes notes qui baissèrent comme jamais, mais pas au point de me faire redoubler à nouveau, ma complicité exceptionnelle avec mon fidèle compagnon félin, l'arrivée d'un copain pour lui : River, les deux nouveaux hobbys de la photographie et de l'écriture en commun avec ma sœur... Effectivement, je m'étais mise à la photographie (argentique, cela va de soi) d'abord avec un club dans mon lycée, en compagnie de deux des trois autres Spoony. Nous avons appris deux – trois petits trucs, nous faisions des sorties pour prendre des photos, nous développions nous-mêmes pellicules et photos en noir et blanc (en couleur, c'est très difficile et du reste, presque impossible à exécuter correctement à la main). Plus tard, nous avons du cesser de faire partie de ce club, mais je continuais seule la pratique de la photographie pendant un temps. Dans la même époque, je stoppais les cours de grec ancien, ayant suffisamment d'options entre le cinéma-audiovisuel et l'anglais soutenu. J'aimais beaucoup cette langue à l'époque, et je me débrouillais pas mal... Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, à mon grand regret. Quant à l'écriture en commun, il s'agissait tout simplement du mélange des deux univers de fantasy de ma sœur et de moi-même. Nous écrivions à deux les aventures de nos personnages, créatures, magies et mondes. Nous écrivions un peu trop, mais ça, je ne m'en rendais pas encore compte. Les vacances d'été constituaient des gros passages à vide pour moi, la solitude me pesant, l'insomnie me dévorant des nuits entières, l'horrible ennui de tout ne me lâchant jamais... Parfois, je me sentais terriblement triste, et parfois, je songeais que je ne pourrais jamais rien vivre d'autre que ces nuits solitaires de face à face avec moi-même, avec des feuilles et des crayons... Pour tout dire, il y avait des moments où je me sentais simplement bien, et d'autres où j'étais profondément déprimée ou malmenée, entre des garçons qui jouaient avec mon cœur, mon ennui et mes insomnies de toujours, et l'écriture qui me touchait déjà beaucoup trop, qui commençait déjà à m'absorber, me coupant presque du monde réel et en l’occurrence du lycée. Néanmoins, j'obtins mon Baccalauréat Général Littéraire du premier coup, avec 15 en littérature et 16 en cinéma-audiovisuel (mais aussi 5 en math, pour ne pas montrer que le meilleur)!

 

  Une page s'était tournée, me propulsant dans le rude monde des grandes personnes alors que je n'y étais pas préparée...

 

  Après la majorité et la sortie du lycée, l'adulescence ?

 

  Nous voilà donc à l'été 2006, je suis une jeune bachelière de 19 ans, oui 19 puisque j'ai une année de plus à cause du redoublement de la classe de Seconde, rappelez-vous. Et je suis terrifiée par ce qui m'attend. Je ne veux pas grandir et j'aimerais figer le temps, figer le temps pour ne pas perdre mes amies, figer le temps pour ne pas entrer dans le monde des adultes. Avoir un travail, fonder une famille, tout cela sont des choses qui m'effraient au plus haut point. De toute manière, il n'est plus question de fréquenter amoureusement qui que soit. L'amour, quelle belle arnaque ! Tout ce que ça apporte, ce sont des blessures, pour... hm pour rien de si bien en contrepartie au final ! J'écris de plus belle avec ma meilleure amie, j'attends les résultats des inscriptions à l'université... qui tombent vite : je ne suis inscrite nulle part ! À cause d'un bug dans le système censé nous inscrire automatiquement suivant les différents choix qu'on a rentré. Ne sachant pas trop quoi faire, toutes les places en licence de cinéma-audiovisuel étant déjà prises, je tente de m'inscrire quand même dans une université selon la méthode foireuse, c'est à dire harceler au téléphone les secrétaires de fac pour obtenir un dossier papier à remplir manuellement et à renvoyer. Je reçus le fameux dossier courant septembre pour la rentrée d'octobre, le renvoyais aussitôt, et dû m'inscrire en catastrophe au tout dernier moment pour l'université de Boulogne, en licence de sciences du langage... ce que je n'avais absolument pas demandé, mais bon ! Je me souviens encore que j'ai achevé les dernières formalités d'inscriptions la veille de la rentrée...

 

  Dès les premiers jours de cours, je m'ennuyais fermement, comprenant que ronchonner dans ces salles de cours à deux heures de chez moi ne me serait jamais d'aucune utilité. Sans compter que mes compères de toujours (toujours depuis trois ans, hm) me manquaient, je me sentais si seule sans elles à mes cotés quotidiennement ! Ma décision fut prise au bout d'un mois sur un coup de tête, ou plutôt sur un coup de cœur : j'arrêtais la fac. À quoi bon perdre mon temps et l'argent de mes parents ? Je n'avais jamais aimé l'école et je n'avais strictement aucune idée de ce que je voulais faire de mon existence. Ou plutôt, je voulais ne rien en faire. Tout ce que je souhaitais, inconsciemment, c'était disparaître dans mon monde imaginaire.

 

  Ma mère ne comprit pas mon désarroi, elle ne se rendait pas compte que j'avais besoin de quelque chose, une pause, une expérience, n'importe quoi. Du temps peut-être tout simplement. Elle entra dans une colère dévastatrice lorsque j'annonçais que j'allais me désinscrire rapidement de la fac afin de récupérer les frais d'inscription pour le leur rendre, eux qui avaient tant besoin d'argent. Je trouverais ma voie autrement. Maman refusa de m'écouter, refusa que je me désinscrive, refusa que je tente de sortir du système pré-établi. Ma fille, tu as suivi le cursus général, tu iras donc à la fac, tu feras de longues études et tu auras un diplôme, c'est comme ça. Et si la matière ne m'intéresse pas ? La fac refuse de me faire changer de filière en cours d'année, je resterais donc une année avec les futurs orthophonistes (comme le monde est ironique !) pour rien ? Oui ma fille, ça sera ça ! Eh bien c'est inutile, je préfère travailler pendant un an. Ou même plus. Et de disputes en insultes, et de cris et de larmes, et de mises à la porte pour moi, nous nous sommes déchirées... Depuis cette époque je me suis fait un promesse : si jamais j'ai des enfants un jour, je serais le plus possible à leur écoute, je ne les forcerais pas à suivre les voies traditionnelles si cela ne leur convient pas, mais surtout, surtout, jamais je ne les traiterais de la sorte. L'inquiétude ne doit pas justifier un tel déferlement de haine.

 

  Il me faut avant de poursuivre la narration de ces épisodes agités de mon passé faire un point sur ma santé. C'est précisément à partir de ce moment que mon corps me lâcha, je m'en souviens avec netteté, à la toute fin octobre – début novembre 2006. Ou plus exactement et pour formuler cela d'une manière moins alarmiste, mon corps sembla subitement se rendre compte qu'il avait des besoins. Je me mis du jour au lendemain à manger avec appétit et à dormir. Je me couchais relativement tôt et sommeillait profondément jusqu'à une heure avancée de la matinée, je faisais même de temps à autres des siestes ! Il va sans dire que j'étais éberluée. Moi, l'éternelle insomniaque, moi qui se contentait de grignoter des moitiés d'assiettes, qui ne prenait rarement de petits déjeuners et qui sautait souvent un autre repas durant la journée ! Moi, je me mettais à manger normalement et à beaucoup dormir ! Toutefois, ces changements de rythme me firent le plus grand bien. J'étais en forme, ma mémoire s'améliora, mes cheveux devinrent brillants et ma peau s'assainit . Probablement que le fait que mes hormones s'étaient pour de bon rééquilibrées depuis quelques temps influa t-il sur cette évolution. Je n'avais pas mentionné mes problèmes hormonaux, qui m'obligeait à prendre la pilule depuis près d'un an déjà. Pour faire court, seules les hormones contenues dans ce moyen de contraception peuvent rétablir mon taux d'hormones à la normale. Sans cela en fait, eh bien mon corps n'en produit quasiment pas, ou du moins pas les bonnes. Bref, j'arrêtais mes études, et cette décision contribua au bon rétablissement de mon pauvre petit corps privé depuis tant de temps.

 

  Moi qui voulait éviter le monde adulte, j'y plongeais en chute libre. Je découvris la rareté des emplois pour les jeunes de niveau Bac sans expérience du travail. Les employeurs s'étonnaient que je n'ai jamais travaillé, (comme si les lycéens avaient pour habitude de bosser !), et ne me proposaient rien du tout. Je m'acharnais à rédiger et distribuer CV et lettres de motivation partout où je le pouvais, plusieurs fois de suite de temps à autres. J'eus des démêlés avec la sécurité sociale, une de ces choses d'adultes à laquelle je n'avais jamais prêté attention. L'ANPE ne m'aida jamais, entre la lenteur et la difficulté de l'inscription et mon conseiller qui, la seule fois où j'allais le rencontrer, passa tout l'entretien à essayer de me draguer plutôt que de me dégoter une annonce intéressante. À l'extérieur, je me heurtais à un mur de refus, et chez mes parents, c'était à un mur d'hostilité auquel je faisais face. Les deux années qui suivirent me firent changer du tout au tout, brutalement et brusquement, mais pour le mieux. Et aujourd'hui s'il le fallait, je recommencerais tout, en passant par les mêmes cris et les mêmes larmes, les mêmes dilemmes et les mêmes interrogations.

 

  En janvier 2007, je fus embauchée dans le Mac Donald's de ma ville. On me mit un uniforme hideux, on me contraignit à ôter mon piercing, qui avait la fâcheuse habitude de saigner ce faisant, malgré une année de présence déjà dans mon menton. C'était sale, imaginez un peu votre serveuse dans ce restaurant rapide qui vous tend votre hamburger en saignant du menton. Y'a de quoi vous couper l'appétit non ? Mais ces idiots de managers s'obstinaient à me forcer à le retirer. L'hygiène au détriment de la conformité... Je me mettais un pansement sur le menton pour dissimuler le sang, mais vous pensez bien qu'un pansement sur un menton quand on ne cesse de parler tout le long de la journée... Bref, comme tous les employés de cette boite, j'étais traitée comme un chien, un pion même. Rebelle et révoltée, je claquais la porte au bout de deux semaines.

 

  Je me remis à la recherche d'un travail plus correct, tout en réfléchissant à des moyens de s'assurer une carrière intéressante sans passer par la case études universitaires. Je voulais me débrouiller autrement, chose hélas difficile de nos jours lorsqu'on est mal informé. Cependant je finis par avoir une idée. J'aimais la photographie et les animaux, pourquoi ne pas être photographe animalier ? Bon, pour commencer, je pouvais déjà marcher dans les traces de mon père et devenir vendeuse – photographe. Justement, monsieur Llancia, ancien apprenti de mon père, s'installait dans ma ville et recherchait un collègue. Je me proposais, et il fut convenu qu'il me formerait et m'emploierait dès l’automne prochain. Tranquille, je ralentis quelque peu mes recherches d'emploi. Néanmoins la bonne nouvelle ne suffisant pas à apaiser ma mère qui ne cessait de me répéter que je finirais balayeuse des rues, j'entamais des recherches sur les formations par correspondance histoire de lui faire plaisir. Je m'inscrivis à un programme d'auxiliaire de santé animale, option animaux sauvages attention. L'enseignement qui permet de travailler dans un zoo en somme. Je me disais sans conviction que ça me laissait une autre piste, et qu'au pire je m'instruirais sur les animaux, ce qui servirait mes desseins de future photographe animalière !

 

  Les tensions familiales ne se confinaient pas à maman et moi. L'ambiance dans ma petite famille paternelle sombrait également de plus belle, de nombreux problèmes de santé plus ou moins graves exacerbant le climat chagrin et courroucé de tous. Rien n'allait, sauf avec ma Spoony Team adorée. Nous ne nous étions pas perdues de vue malgré les différents chemins empruntés par chacune. Les seuls moments de joies que j'ai connu durant toutes cette période furent ceux passés avec elles. En famille rien n'allait, quant au reste de ma vie... il se faisait lentement mais sûrement consumer par l'écriture avec ma sœur. Nous nous voyions presque tous les jours, et nous occupions tout ce temps à écrire, écrire, et écrire. Sans interruption, des jours et des nuits d'affilées, au point que, moi en tout cas, je ne songeais plus qu'à ça. Sauf les quelques moments passées avec la Spoony Team, je m'étais oubliée. Plus rien ne comptait à part mon monde imaginaire. Les jours où je restait seule chez mes parents, j'écrivais toute la journée de mon coté, et je rapportais le fruit des mes inspirations le lendemain à ma sœur. Jusqu'au mois de mai de cette année 2007, année de mes 20 ans où mes chères Spoony m'offrirent une rose tatouée sur ma nuque, la plupart de mes journées consistaient en un peu de ménage le matin pour me faire bien voir de ma mère, quelques vagues lectures de mes pseudo cours, puis douze heures d'écriture et d'évasion dans mon autre monde. Je n'étais plus qu'un fantôme, et à part les sorties avec les Spoony bien sur, je ne faisais plus rien. Je ne regardais plus de films, je ne lisais plus de livres ou de mangas ou de magasines, je n'avais plus aucun centre d'intérêt à part mes écrits. Quelques jeux vidéos réussissaient parfois à me tirer un peu hors de mon monde, mais même ça, ça se faisait de plus en plus rare.

 

  Au mois de mai donc, les Halles d'Auchan (un sous Auchan cité dans la cité de ma ville) me contacta un beau matin à 9H (oui je me souviens de l'heure) pour me proposer un poste de caissière. Je n'avais aucune envie d'accepter, préférant ma vie imaginaire et l'attente de l'automne pour devenir l'apprentie de monsieur Llancia. Mais il s'agissait d'un CDD de quelques mois, alors je me rendis à l'entretien d'embauche, durant lequel je me surpris moi-même à très bien me défendre et me vendre. La chef m'adora et me donna le poste. Je commençais quelques jours plus tard. Être caissière dans ce Auchan se révéla être une aventure assez comique, entre certains clients exaspérants et un matériel qui ne fonctionnait qu'une fois sur quatre ! Je m'y plaisais relativement bien, mais pas suffisamment tout de même pour ne pas me sentir frustrée et perdue lorsque monsieur Llancia m'annonça sans cérémonie qu'après réflexion il ne m'engagerait pas : il travaillerait avec sa femme. C'est ainsi que sur un de mes fameux coups de têtes je démissionnais d'Auchan pour devenir ASH à l'hôpital. J'endossais mon nouvel uniforme le surlendemain, et regrettais aussi sec pour geste. Je n'avais été embauchée que pour une durée d'un mois, et j'avais hâte d'en voir la fin ! Les collègues étaient au mieux indifférentes, au pire détestables. On ne m'avait absolument rien expliquée, alors je faisais le ménage et m'occupais des repas des pensionnaires au hasard. Rien d'amusant ni d'enrichissant dans ce mois, et je retournais bien vite ensuite vers mon supermarché précaire. Je pense avoir été un bon élément, m'entendant avec tout le monde qui plus est, mais mon contrat ne fut jamais renouvelé après la fin du mois de décembre 2007. Tout l'argent que j'ai gagné avec ces deux emplois, je l'ai utilisé pour financer mes cours par correspondance que je ne suivais guère, pour rembourser mes parents des tarifs d'inscription à la fac (que ma mère n'avait pas voulu que je récupère en me désinscrivant pendant qu'il en était encore temps, rappel) et de la carte de transport. Au total, j'ai du débourser près de 3000€, il ne m'en restait plus beaucoup... j'ai donc au final très peu profité des première sommes d'argent que j'ai durement gagné dans ma vie !

 

   Il y aurait tant à dire sur cette période là de ma vie, et en particulier sur mes différents emplois. J'ai des tas d'anecdotes, mais le plus significatif pour cet article demeure mes évolutions et mes rapports à l'écriture. J'étais devenue à la fois une jeune femme épanouie, féminine et assurée, avec un style vestimentaire toujours rock mais moins garçon manqué, prenant un peu plus soin de son apparence, de ses cheveux et de son maquillage... fini le style trash black métal ! Et à la fois une ombre pâle qui ne vivait plus que dans ses écrits. Ce qui est très paradoxal, car j'avançais dans ma vie. J'avais mûri, je possédais maintenant une grande confiance en moi et je commençais sérieusement à entrevoir un avenir crédible. J'étais décidée à me tailler une place dans ce monde qui me faisait encore un peu peur certes, mais qui devait être le mien.

 

   Il ne me restait plus qu'à me débarrasser de ce monde imaginaire plus imposant que le monde réel afin de me libérer de toutes peurs et de toutes douleurs. Pour vivre et continuer de m'épanouir, je devais cesser d'écrire, abandonner ce monde qui me hantait depuis tant d'années. Bientôt, j'allais en prendre conscience. Il aurait été intéressant que je tienne un journal à l'époque, tellement de changements se sont produits en si peu de temps... mais j'étais trop occupé à la fois à agir et à la fois à me perdre dans l'écriture de ma saga de fantasy, ce qui est éminemment paradoxal, oui, je le concède, et le répète. Mais voilà... c'est moi !

 

  2008, l'année charnière et début du bonheur

 

  À partir de là, je vais passer vite sur le reste de ma vie, car ce sont des événements trop proches pour que je puisse prendre suffisamment de recul pour les raconter comme il faut. La partie précédente m'a donné de la peine pour cette même raison. En outre, tout ce qui m'est arrivé depuis 2008, ce tournant à 180° dans mon existence est davantage connu, et même relaté dans des blogs.

 

  2008 a été d'abord marquée par ma volonté de reprendre mes études, ce qui en étonna plus d'un étant donné la véhémence avec laquelle je m'étais insurgée contre les hautes études. « Les bancs de l'école, ça n'est pas pour moi ! » Eh bien, j'allais y retourner malgré tout. Je tentais donc ma chance dans un IUT pour la filière professionnalisante en deux ans répondant au sobre et court nom de information-communication, option métiers du livre et du patrimoine, parcours édition. Les récits de ces grotesques péripéties sont racontées dans mon premier blog, pour ceux qui auraient envie de rire.

 

  Autre fait notable : la détérioration de mes relations avec Amanda, ma sœur. Une tension régnait entre nous, et nous finîmes par nous délaisser l'une l'autre pour diverses raisons, chose dont j'ai parlé également dans mon premier blog et dont je ne vois pas trop l'utilité de m'étaler ici. Dans dix ans, peut-être que je ferais le bilan de tout cela comme je le fais actuellement... Enfin rien de grave, je lui ai tout de même offert un chaton, ce dont elle avait toujours rêvé, en juin 2008, avant de m'éclipser discrètement le temps que nous trouvions chacune notre voie. Bref, je pris mon courage à deux mains un beau jour, et lui annonçait que je ne pouvais plus écrire. Nous cessâmes presque de nous voir. Ma complice me manquait cruellement, mais nous avions certainement besoin de nous lâcher la main un moment afin d'avancer chacune de notre coté. Et enfin, j'étais délivrée de ce monde imaginaire que nous avions créé et alimenté en chœur durant trois longues années ! Un poids m'était ôté des épaules, j'avais l'impression d'enfin respirer. Dorénavant, je ne fus plus angoissée.

 

  Néanmoins et comme vous le savez si vous me lisez régulièrement, je suis et serais toujours incapable de renoncer à toute forme d'écriture. C'est depuis cette année que je me suis mise au rpg par internet, activité que je connaissais mais que je n'avais jamais pratiquée moi-même. Cela s'avéra être un très bon exutoire. Ainsi, je pouvais écrire sans risque de me perdre, tout en étant accompagnée. Car je n'arrivais plus à écrire seule. J'avais beau essayer, je n'en n'étais plus capable. Aujourd'hui je songe parfois à l'écriture, la vraie, pas seulement tenir un blog ou le jeu de rôle par forum, mais je ne préfère ne pas retenter l'expérience. Vivre ou écrire il faut choisir, j'ai choisi. Peut-être un jour arriverais-je à concilier les deux, peut-être... Peut-être pas.

 

  Grâce à ce réseau de rôlistes par forum, je fis plusieurs rencontres sympathiques, dont une en particulier devint une amie précieuse et IRL, comme on dit. In Real Life, dans la vie réelle. Virginie, amie en chair et en os que je rencontrais pour la première fois en avril. Actuellement, Virginie fait partie de mon deuxième cercle d'amis proches (la Spoony Team étant bien sur le premier).

 

  En mars, j'entrais à Jardiland, le boulot où je me suis sentie le plus à l'aise et où je me suis le plus amusée. Ces instants seraient toujours restés de bons souvenirs, même s'il n'y avait pas eu mon Amour, celui qui a révolutionné ma vie, qui a chassé mon ennui de toujours, qui me complète et qui m'a rendue heureuse... Celui avec qui je veux faire ma vie.

 

  À ce point de mon histoire, tout le monde en connait la suite : Arnaud est celui qui m'a motivée à me réinscrire à la fac après que j'aie appris ne pas être prise en IUT, voilà trois ans de cela. On prend la même et on recommence : inscription agitée au dernier moment, sauf que cette fois-ci j'ai tenu bon ! Et à l'heure où je rédige ces mots, je suis en train de passer mes derniers examens pour l'obtention de la Licence de Lettres Modernes Appliquées de la Sorbonne. J'ai pour projet de passer les concours de bibliothécaire en 2012.

 

  Mon premier blog est né vers ce moment là. Je l'ai entretenu durant presque un an, avant de faire une pause. Puis, j'ai commencé le présent journal virtuel, avec également un temps d'arrêt à un moment, mais à présent je suis bien engagée dans l'écriture de ce blog, alors je ne compte pas cesser de laisser une petite trace de moi sur la toile universelle...

 

  Le fait marquant de 2009 que je veux retranscrire ici est le décès de ma grand-mère maternelle. Sa santé était bonne, comme depuis toujours, mais elle a été hospitalisée un soir pour un problème bénin : une petite chute dans son salon. Rien ne pouvait prédire sa brusque fin... Elle dépérit presque tout d'un coup. Je me rappelle avoir eu le temps de lui présenter Arnaud, et jamais je n'oublierais le sourire bienheureux et ravi qui s'est dessiné sur son visage lorsque je lui ai expliqué. Après cet épisode, ma mamy a été admise en maison de retraite. Je croyais qu'elle se portait bien, et souvent je me reprochais de ne pas aller la voir. Jusqu'au jour où je pris la décision d'aller lui rendre visite ce week-end même, peu importe les autres activités qui pouvaient s'offrir à moi ! J'appris le lendemain qu'elle était morte. Et depuis, je m'en veux atrocement de n'être pas retourner la voir plus tôt.

 

  Aujourd'hui, mon autre grand-mère est au plus mal, et je tente chaotiquement de ne pas reproduire la même erreur. Et je suis mitigée : en un sens je crains qu'elle ne soit plus là pour mon mariage et qu'elle ne voit jamais ses arrières petits enfants, et autre part je déteste tant la voir souffrir ainsi que je lui souhaite le soulagement éternel...

 

  Un mot sur l'amitié pour ne pas finir ce petit point rétrospectif sur mon chemin parcouru jusque là sur une note négative. Amanda et moi-même nous sommes retrouvées en mars 2009, avec Isabelle et Vanessa nous sommes allées en vacances à Dublin en février 2010. Bref, je profite pleinement de mon amour d'ours, de toutes mes merveilleuses amies et de mon facétieux félin... Je nage en plein bonheur depuis trois ans, et je compte bien faire en sorte que cela dure !

 

 

 

Mai 2011

 

Partager cette page
Repost0

Le Journal

  • : La plume est la langue de l'âme...
  • : Lorsque la conteuse met son cœur à nu devant vous... Etats d'âmes, tranches de vie, réflexions, revues ludo-culturelles, engagement pour la Planète et un mode de vie non-violent.
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • Hyatt
  • ~ Douce folie ~ Naturelle sérénité ~ Sensuelle candeur ~ Amoureuse passionnée ~ Réaliste révolutionnaire ~ Désinvolte adulte ~ Dévouée amie ~ Rancunière enfant ~ Geekette déjantée ~ Esprit libre ~ Étrange drôlerie ~ Joyeuse rêveuse ~

[Tuto] Repérer et identifier une Hyatt sauvage

Carte d'identité : Hyatt, 1/4 chatte, 1/4 ourse, 1/4 rêve, 1/4 humaine.

Activités : faire le moins possible de mal durant son existence.

Peut être appâtée par : de la nourriture, un mot doux, un livre, du papier et un crayon, une séance de ciné, un jeu (plateau, carte, vidéo, de rôle...), un animal mignon, un dragon.

Se rencontre : généralement sur un canapé, dans un lit, derrière un ordinateur, dans la nature le plus près possible des arbres et/ou des étendues d'eau.

Se reconnait : à son tatouage en forme de rose sur la nuque et son labret (piercing au menton).

Un Truc À Chercher ?

Remerciements

Merci à vous tous de me lire et de parfois prendre le temps de me laisser un commentaire, ça me touche toujours beaucoup. Merci à mes lectrices et lecteurs d'un jour ou de toujours, que vous vous soyez manifestés à moi ou que j'ignore que vous me lisez.  

 

Il est vrai que j'écris avant tout pour moi-même, mais également pour vous un petit peu... Alors à vous tous que j'aime tant, qui réussissez à me supporter et me faites compter parmi vos proches, je vous dédie ce blog. Je vous dédie mes mots à tous.

 

 Merci.