J’ai fais des progrès. Non cette phrase est fausse. En réalité j’ai changé du tout au tout. Pourtant me voilà
incapable de sortir le moindre mot gentil, réconfortant, devant toi. Tu dois certainement déjà l’avoir oublié. Mais ça n’est pas une raison ! Que tu t’en souviennes ou non, même que tu en ai
conscience ou non, je devais faire des efforts pour m’exprimer devant toi, je devrais t’être un soutien moral, je devrais réussir à te dire que je t’aime et que tu me manquerais si tu n’étais plus
là ! C’est mon rôle, et puis ça serait la moindre des choses… Tu as pris soin de moi lorsque j’étais une enfant, tu es l’une des personnes m’ayant élevé, à part mes parents… ça serait bien naturel
de tenter d’alléger ta douleur, ne serait-ce qu’en te racontant des choses, n’importe quoi, tant que je réussis à te faire passer le temps ! Mais je n’y arrive pas. Je reste paralysée, bloquée,
devant la maladie et le déclin du corps et de l’esprit humain. Je suis trop mal à l’aise, incapable de répliquer à tes accès de folie ou de lucidité, au choix. Tu te sens seule, prisonnière de ce
corps douloureux et de cet esprit embrumé qui ne fonctionne plus bien… Et moi, que fais-je ? Je reste spectatrice ! Je ne te sors que des banalités qui doivent bien t’attrister. Au moins je suis
là… Oh bien sur, comme si ça n’allait pas être le cas, comme si la honte et le remord ne me hantaient plus d’avoir déjà infligé cette douleur, d’avoir déjà commis cette erreur !
À toi que j’aime et à qui je ne réussis pas à parler : je m’excuse, je suis désolée… je n’y arrive pas…
À toi que j’aime et à qui je ne peux plus parler : je m’en veux terriblement, je fais de mon mieux pour ne pas répéter la même erreur, mais c’est difficile, je n’y arrive pas très
bien…